Et moi, je vis toujours de Jean d’Ormesson

 

 

 

 

 

 

Présentation de l’éditeur

Il n’y a qu’un seul roman – et nous en sommes à la fois les auteurs et les personnages : l’Histoire. Tout le reste est imitation, copie, fragments épars, balbutiements. C’est l’Histoire que revisite ce roman-monde où, tantôt homme, tantôt femme, le narrateur vole d’époque en époque et ressuscite sous nos yeux l’aventure des hommes et leurs grandes découvertes. Vivant de cueillette et de chasse dans une nature encore vierge, il parvient, après des millénaires de marche, sur les bords du Nil où se développent l’agriculture et l’écriture. Tour à tour africain, sumérien, troyen, ami d’Achille et d’Ulysse, citoyen romain, juif errant, il salue l’invention de l’imprimerie, la découverte du Nouveau Monde, la Révolution de 1789, les progrès de la science. Marin, servante dans une taverne sur la montagne Sainte-Geneviève, valet d’un grand peintre ou d’un astronome, maîtresse d’un empereur, il est chez lui à Jérusalem, à Byzance, à Venise, à New York. Cette vaste entreprise d’exploration et d’admiration finit par dessiner en creux, avec ironie et gaieté, une sorte d’autobiographie intellectuelle de l’auteur.

Biographie de l’auteur

Jean d’Ormesson, de l’Académie française, est normalien et agrégé de philosophie, né en 1925. Il a écrit, entre autres, La Gloire de l’EmpireAu plaisir de DieuHistoire du Juif errantLa Douane de merVoyez comme on danseC’était bienLa Création du monde et Qu’ai-je donc fait . Il est mort dans la nuit du 4 au 5 décembre 2017, à l’âge de 92 ans.

Mon avis

Il s’agit du 41e roman de Jean D’Ormesson décédé le 5 décembre 2017. « Et moi, je vis toujours », paraît à titre posthume le 11 janvier 2018.

Que dire pour vous amener à lire ce livre ?

Si vous craignez de vous ennuyer en l’ouvrant, je vous rassure tout de suite : ce livre n’est ni pesant, ni solennel, ni professoral, ni ennuyeux. Non, rien de tout cela. Il se lit bien et en le lisant on a plutôt l’impression de réviser l’Histoire : Les hommes préhistoriques, les Egyptiens, les Grecs, les Romains. Le narrateur était à Troyes, à Byzance. Il a assisté à la naissance de Jésus, il rencontre Mahomet. Il est en Chine Il se trouvait aux côtés de Christophe Colomb sur ses caravelles. Il a rencontré Le Titien, La Fontaine et Napoléon.

En fait, on effectue une promenade dans le temps en compagnie d’un être, personnage double, qui se qualifie ainsi :  « Tantôt homme, tantôt femme, je suis, vous l’avez déjà deviné, je suis l’espèce humaine et son histoire dans le temps. Ma voix n’est pas ma voix, c’est la voix de chacun, la voix des milliers, des millions, des milliards de créatures qui par un miracle sans nom, sont passées par cette vie. Je suis partout. Et je ne peux pas être partout. Je vole d’époque en époque, je procède par sondages, je livre mes souvenirs. »

C’est un peu comme si l’auteur nous racontait une histoire : l’histoire de l’humanité, l’histoire de notre monde et de ses personnages historiques.

Un livre qui m’a vraiment plu et qu’il faut avoir lu.

Extrait :

« L’essentiel, c’était nos outils. Ils étaient rares. Rho en possédait un nombre déjà respectable qu’il avait façonnés à la main. La main jouait dans mon enfance un rôle très important. Nous avions des bras et des jambes qui nous permettaient d’agir et de tenir debout. Nous avions une tête, un cœur, un ventre où commençaient à s’agiter des idées et des passions. Nous avions surtout deux mains. Autant et plus que la tête et les jambes, elles faisaient de nous les rois de la création. Elles fabriquaient les outils ».

Extrait :

« Vous vous souvenez aussi des rapports entre Aristote et Platon. L’œuvre de Platon est une conversation très élevée, et celle d’Aristote est un système. C’est de ce système en le christianisant et en lui donnant Dieu pour origine et pour fin- que s’inspire Thomas d’Aquin. Ramené en Europe où il était oublié et où les plus savants le connaissaient à peine, Aristote avait conquis aussitôt tous les esprits éclairés. Mais la métaphysique d’Aristote s’opposait plutôt aux livres saints du christianisme. La tâche historique de Thomas fut d’opérer un rapprochement entre la philosophie d’Aristote et la doctrine chrétienne. »

Extrait :

« Dans cette vis qui s’étend maintenant, depuis ma forêt primitive, sur quelques dizaines de milliers d’années et qui commence à me paraître longue bien qu’elle soit si courte –jusqu’à l’inexistence- au regard de l’univers, j’ai eu beaucoup de chance : j’ai trouvé sur mon chemin des conquérants, des bâtisseurs, des savants, des navigateurs. Je leur dois beaucoup. Ce n’est pas assez dire qu’ils m’ont changée. Ils m’ont révélée à moi-même. Ils m’ont construite. Ils m’ont faite telle que je suis. J’ai pourtant admiré plus encore des peintres, des sculpteurs, des architectes, des musiciens. Et des écrivains. Ils sont le sel de la terre ».

Extrait :

« La brève carrière en forme de météore de Napoléon Bonaparte est une formidable réussite individuelle et une catastrophe collective. L’Empereur laisse derrière lui une œuvre considérable, une légende à jamais et une France affaiblie. Il a pris le pouvoir dans des circonstances effroyables. Le pays était une ruine financière et morale. L’industrie était au point mort. Le commerce périclitait. Les ports du Havre et de Marseille fonctionnaient au ralenti. Le chômage régnait. La sécurité n’était plus assurée. Il était très difficile de se rendre de Paris à Brest ou de Paris à Marseille sans risquer d’être attaqué. Les mœurs suivaient l’exemple de l’économie. Après la dictature sanglante de la Convention nationale et du Comité de salut public, le Directoire donnait une image incohérente de décadence et de chaos. En deux ou trois ans, le Premier Consul relève la nation, et, pendant une dizaine d’années, vole de succès en succès et forte la France moderne ».

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