Sur la pointe des mots de Marie-France Versailles

 

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Quatrième de couverture :

Sur le seuil de la maison que ses enfants ont quittée, une femme s’arrête. Mission accomplie. Hier encore, il y avait tant à faire… Une vie devant elle. Autrement. Et à nouveau, tout découvrir. Itinéraire inconnu, l’écriture pour seule boussole.

Elle s’offre le voyage… Vieillir. Habiter sa dernière saison, non comme un déclin à subir, mais comme un projet à nourrir Dire qu’elle les aime à ceux qu’elle aime. Se faire légère.

Chemin faisant, elle rencontre à Uzès une femme qui a écrit au Moyen-Age un petit livre étonnant. Connivence inattendue. Malgré les onze siècles qui les séparent, elles feront route ensemble avec l’ambition de tendre le relais, et la plume, à ceux et celles qui poursuivront l’histoire.

Mon avis

Sur la pointe des mots  décrit le  passage obligé de la vieillesse qui commence lorsque les enfants quittent le nid familial pour construire leur propre vie. On doit à ce moment-là affronter un véritable bouleversement dans sa vie. Il devient impératif de donner un autre but à sa vie et trouver un nouveau positionnement. Pas facile à faire.

Ces journées -si courtes autrefois lorsque les enfants étaient là-  deviennent subitement si longues, si calmes, si vides, stériles. C’est encore plus difficile à vivre lorsqu’on manque de repères en amont. La narratrice explique qu’elle n’a pas connu ses grands parents.

Le départ des enfants nous amènent à réfléchir sur le chemin que nous avons parcouru, sur les valeurs que nous avons transmis à nos enfants, sur l’amour que nous avons pu/su leur donner, mais aussi sur notre vieillesse, sur la nostalgie d’un temps révolu et sur notre mort bien-sûr.

Par hasard, la narratrice, fait la découverte d’un « Manuel » qui retrace l’histoire d’une femme ayant vécu à l’époque de Charlemagne, qui écrit à son fils Guillaume qui lui a été enlevé alors qu’il était encore enfant (comme cela se faisait souvent à cette époque-là). N’ayant pas pu faire son éducation, elle lui écrit pour lui transmettre tout ce qu’elle n’a pas pu lui transmettre lorsqu’il était près d’elle : des valeurs morales : le respect, la loyauté, d’amour, de don de soi.  « Les évènements se précipitent. Le partage du bel empire de Charlemagne est annoncé, en plein ciel, par « une comète à longue crinière flamboyante qui embrase l’espace de ses feux ». Son petit-fils Charles, dit Charles-le-Chauve, sera roi de France. Le jeune Guillaume sert à sa cour. Sa mère lui recommande d’y mettre tout son coeur et toute son ardeur. Honneur à son nom, à une lignée qui n’a jamais failli. Reverra-t-elle jamais son fils? Elle se sait souffrante et doute de l’avenir. Lui reste l’écriture. L’enfantement prend le chemin des mots »

Tout le long du livre un parallèle s’établit entre les deux femmes. La narratrice se sent proche de Dhuoda.

Elle s’interroge sur ses valeurs, sur ses souvenirs, sur les sentiments mais aussi comment accepter la vieillesse, accepter de laisser les belles années derrière soi, accepter de devoir quitter un jour ceux qu’on aime. Elle s’interroge sur ce que  garderont les enfants, les petits-enfants comme souvenirs, comme héritage de notre passage ? Et puis quel héritage avons-nous nous-mêmes reçu ?

« Nos enfants nous ont connus jeunes, leur père et moi. S’en souviendront-ils ? A présent, ils nous voient faiblir, blanchir, ralentir. Est-ce parce que nous sommes le rempart qui les protège de leur propre vieillissement qu’ils ne nous parlent pas , » ….. »ils nous connaîtront peut-être -et cela me terrifie-dépendants. J’ai peur de vieillir jusque là. De demander, de déranger, de peser. Encore et toujours apprendre. A lâcher prise, cette fois. Savoir qu’ils seront là si nous avons besoin d’eux. Croire qu’ils ne nous en voudront pas qu’ils seront heureux de nous venir en aide, de se sentir utiles et réconfortants à nos côtés. Même si cela les dérange et leur pèse. ».

La force de ce livre est la sérénité qu’on trouve à travers les pages,  une paix intérieure du chemin accompli, de la résignation aussi.

« Il y a tant à faire…. D’écrire toute ce que je voulais écrire et de l’écrire bien. De remercier tous ceux qui furent là quand j’ai eu besoin d’eux. De remercier mes pieds pour le plaisir de la marche, mes mains pour m’avoir bien secondée, ma tête pour les rêves… D’oublier ce qu’il vaut mieux oublier, de savourer assez, d’aimer assez. C’est quand : assez ?

« Deviens-t-on l’âge venant, plus sensible au retour du matin, au renouveau du printemps, au réveil de la lumière? Au foisonnement de la vie?

On pourrait croire ce livre triste. Mais non il ne l’est pas. Assurément pas. Une vraie réflexion. Un vrai bonheur à lire.

Ce livre est magnifique. Je l’ai déjà relu plusieurs fois. Je me dis que je dois écrire à Marie-France Versailles pour lui dire combien son livre m’a touchée, combien j’ai été sensible à ses réflexions et combien je suis admirative :  elle a su  trouver les mots justes pour qualifier tel sentiment, tel ressenti. Chaque fois, je recule, n’osant aller jusqu’au bout.

Biographie : Marie-France Versailles est née en 1940 en Charente Maritime. D’abord psychologue dans un centre de santé mentale bruxellois, puis longtemps journaliste au Ligueur (un hebdomadaire familial bien connu en Belgique), Marie France Versailles opte aujourd’hui pour la liberté de la fiction et pour le bonheur de vivre dans les Ardennes. Sur la pointe des mots est son premier roman, après un recueil de nouvelles : A l’ombre de la fête.

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